La médecine traditionnelle vietnamienne : plantes, bains et massages

Camille Laurent

16/10/2026

La médecine traditionnelle vietnamienne repose sur deux corpus distincts : le thuốc nam, fait de plantes, de substances animales et minérales locales, et le thuốc bắc, hérité du système chinois et longtemps importé. La différence tient à l’origine des remèdes et au corpus de formules, pas à une hiérarchie entre les deux. Elle s’exerce aujourd’hui dans un réseau d’hôpitaux publics, aux côtés de la médecine conventionnelle, et non en marge du système de santé.

L’essentiel

  • Le pays compte plus de 5 000 espèces de plantes médicinales recensées, et près de 59 000 hectares cultivés.
  • Un programme national de 2019 vise 95 % des hôpitaux dotés d’un service de médecine traditionnelle à l’horizon 2030.
  • Le bain aux herbes des Dao rouges mobilise de 10 à 120 plantes selon les préparations.
  • L’Organisation mondiale de la santé rappelle qu’une pratique ancienne ne vaut pas preuve d’efficacité.

Le sujet circule beaucoup en France sous forme de promesses, rarement sous forme de faits. Regardons ce que disent les textes vietnamiens et les sources officielles : les deux pharmacopées, leur place à l’hôpital, les plantes les plus employées, les bains d’herbes du nord, le massage et les précautions que rappelle l’OMS.

Thuốc nam et thuốc bắc : deux pharmacopées, pas deux niveaux

Le thuốc nam désigne les remèdes tirés de ressources autochtones, cultivées ou récoltées au Vietnam. Le thuốc bắc renvoie au corpus chinois, dont les drogues étaient historiquement importées.

Les praticiens vietnamiens utilisent les deux. Un hôpital universitaire de Hô Chi Minh-Ville le formule sans ambiguïté : la différence porte sur l’origine des matières et sur les formules, pas sur une supériorité de l’une sur l’autre.

Une place officielle dans le système de santé

La loi vietnamienne sur l’examen et le traitement médical, adoptée en 2023, range la préservation et la valorisation de la médecine traditionnelle parmi les politiques de l’État, et lui consacre un chapitre entier. Un programme national, arrêté en décembre 2019, fixe des objectifs chiffrés à 2025 et 2030.

Parmi eux : 90 % des hôpitaux dotés d’un service de médecine traditionnelle en 2025, 95 % en 2030. S’y ajoute une part des médicaments traditionnels d’au moins 20 %, puis 30 %, dans les dépenses de médicaments prises en charge par l’assurance maladie.

Le réseau existe déjà : fin 2019, le pays comptait 66 hôpitaux de médecine traditionnelle, dont 5 sous tutelle ministérielle et 61 provinciaux ou centraux, plus 10 établissements privés. Environ 88 % des autres hôpitaux disposaient alors d’un service ou d’une unité dédiée.

Deux figures que tout le monde cite là-bas

Tuệ Tĩnh, né en 1330, est considéré comme celui qui a posé les fondations de la médecine des plantes locales. On lui attribue la devise « Nam dược trị Nam nhân », les remèdes du Sud pour les gens du Sud.

Hải Thượng Lãn Ông, de son vrai nom Lê Hữu Trác (1724-1791), a laissé une somme considérée comme l’encyclopédie médicale la plus importante du pays. La conférence générale de l’UNESCO a adopté le 21 novembre 2023 une résolution incluant la célébration de son 300e anniversaire.

Le 15e jour du premier mois lunaire est la journée traditionnelle de la médecine et de la pharmacie vietnamiennes. À Hanoï, une rue porte le nom de Lãn Ông : 180 mètres dans le vieux quartier, où près de 90 % des commerces déclarés vendent du thuốc nam et du thuốc bắc.

Cinq plantes que l’on retrouve partout

Les descriptions ci-dessous sont celles de la pharmacopée traditionnelle, telles que les publient des sources vietnamiennes. Elles décrivent des usages, pas des traitements. Aucune de ces plantes n’est anodine : certaines sont déconseillées pendant la grossesse ou interagissent avec un traitement en cours, ce qui justifie d’en parler à un médecin avant tout usage régulier.

  • Gừng, le gingembre : saveur piquante, nature tiède ; le rhizome frais est traditionnellement employé en cas de coup de froid.
  • Ngải cứu, l’armoise commune : décrite comme réchauffant les méridiens et apaisant la douleur.
  • Đinh lăng, surnommé le ginseng du pauvre : racine à saveur douce et amère, feuilles employées séchées.
  • Atisô, l’artichaut, cultivé notamment à Sapa : décrit comme rafraîchissant et tonifiant le foie.
  • Tía tô, la périlla, souvent associée à la citronnelle et au gingembre en infusion.
Feuillage découpé de l’armoise commune, en gros plan
L’armoise commune, le ngải cứu de la pharmacopée vietnamienne

Le catalogue de l’Institut des matières médicinales recense 5 117 espèces et sous-espèces de plantes médicinales. La culture couvre près de 59 000 hectares, et une décision de février 2025 a créé un pôle industriel dédié dans la province de Quang Nam, autour du ginseng de Ngoc Linh.

Les bains d’herbes des Dao rouges

Dans la commune de Ta Phin, à une dizaine de kilomètres de Sapa, une quarantaine de foyers proposent le bain aux plantes des Dao rouges. La décoction réunit de 10 à 120 sortes de feuilles et de tiges selon les préparations, et se verse dans un baquet en bois de pơ mu, choisi pour son odeur.

Une précision s’impose, car l’information circule brouillée en ligne : l’inscription au patrimoine culturel immatériel national vise les savoirs de guérison des Dao de trois districts de la province de Lai Chau, Phong Tho, Tam Duong et Sin Ho. Elle ne porte pas sur ceux de Ta Phin. La pratique du bain, elle, existe dans plusieurs villages dao du nord.

Arbuste de polyscias fruticosa aux feuilles finement découpées
Le polyscias fruticosa, le đinh lăng de la médecine traditionnelle

Le massage vietnamien

Le xoa bóp bấm huyệt est défini par les hôpitaux vietnamiens comme une méthode sans médicament, pratiquée principalement à la main, qui travaille la peau, les muscles, les tendons et les articulations. Il se pratique aussi bien dans les hôpitaux de médecine traditionnelle que dans les établissements de bien-être.

Les comparaisons avec le massage thaïlandais qui circulent en ligne viennent surtout de pages commerciales. Mieux vaut demander ce que comprend la séance que se fier à un classement entre traditions.

Ce que rappelle l’Organisation mondiale de la santé

L’OMS considère la médecine traditionnelle comme globalement sûre lorsque trois conditions sont réunies : une formation appropriée des praticiens, une assurance qualité des produits et un cadre de pratique clair.

Elle ajoute deux choses que les pages enthousiastes oublient. D’abord, l’ancienneté d’une pratique ne vaut pas preuve : l’efficacité et l’innocuité doivent être établies par des essais rigoureux. Ensuite, des effets indésirables et des erreurs de médication peuvent survenir, et la qualité des produits être compromise. À ce jour, 124 États membres ont adopté une réglementation sur les médicaments à base de plantes.

En pratique, cela signifie : ne rien arrêter d’un traitement en cours, signaler ce que l’on prend à son médecin, et se méfier des préparations achetées sans étiquetage ni provenance.

Où l’on croise tout cela en voyage

Deux lieux reviennent : la rue Lãn Ông à Hanoï pour les herboristes, et les villages dao du nord pour les bains aux plantes.

Ces étapes se glissent dans un itinéraire classique, à condition de prévoir du temps à Sapa et une demi-journée dans le vieux quartier de Hanoï. Ni les herboristes de la rue Lãn Ông ni les foyers dao qui préparent les bains ne figurent dans un circuit standard, et rien ne se réserve à distance. Le programme se monte donc avec une équipe sur place : Voyage Sur Mesure Vietnam travaille depuis Hanoï avec des guides francophones.

Questions fréquentes sur la médecine traditionnelle vietnamienne

Quelle différence entre thuốc nam et thuốc bắc ?

Le thuốc nam utilise des ressources autochtones, cultivées ou récoltées au Vietnam. Le thuốc bắc renvoie au corpus chinois, dont les drogues étaient historiquement importées. La distinction porte sur l’origine des matières et sur les formules, pas sur une supériorité de l’une sur l’autre.

La médecine traditionnelle est-elle reconnue au Vietnam ?

Oui, et de façon explicite. La loi de 2023 sur l’examen et le traitement médical la range dans les politiques de l’État et lui consacre un chapitre entier. Un programme national vise 95 % des hôpitaux dotés d’un service de médecine traditionnelle à l’horizon 2030.

Combien d’hôpitaux la pratiquent réellement ?

Soixante-six hôpitaux dédiés fin 2019, dont 5 sous tutelle ministérielle et 61 provinciaux ou centraux, plus 10 établissements privés. Environ 88 % des autres hôpitaux disposaient alors d’un service ou d’une unité spécialisée. Le réseau existe donc déjà, bien avant les objectifs fixés pour 2030.

Le bain aux herbes des Dao rouges se pratique-t-il encore ?

Oui. Dans la commune de Ta Phin, à une dizaine de kilomètres de Sapa, une quarantaine de foyers le proposent. La décoction réunit de 10 à 120 sortes de feuilles et de tiges selon les préparations, et se verse dans un baquet en bois de pơ mu choisi pour son odeur.

Qu’est-ce que le massage vietnamien exactement ?

Le xoa bóp bấm huyệt, défini par les hôpitaux vietnamiens comme une méthode sans médicament. Pratiquée principalement à la main, elle travaille la peau, les muscles, les tendons et les articulations. Elle se donne aussi bien à l’hôpital que dans les établissements de bien-être.

Quelles précautions prendre avec les plantes médicinales ?

Ne rien arrêter d’un traitement en cours et en parler à son médecin. Certaines plantes sont déconseillées pendant la grossesse ou interagissent avec un traitement. L’OMS rappelle qu’une pratique ancienne ne vaut pas preuve d’efficacité, et que la qualité des produits peut être compromise.

4.7
★★★★★
27 votes

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Votre commentaire sera vérifié avant publication.

commentaire